mercredi 25 avril 2007

Projet de lettre

ça fait pas mal de jours que je me demande si je vais écrire quelque chose. Vous le savez bien, quand on est militant, quand on a des convictions, on a envie de se battre pour elles.
Je n'ai pas voté au 1er tour de 2002, et je ne le regrette pas. Aucun candidat, aucun projet ne m'a convaincu. J'ai voté ensuite escro plutôt que facho, bien sûr. Depuis je regarde avec plus d'attention la politique nationale. Depuis 3 ans j'y ai même passé des heures et des heures par semaine. Car je voulais tout faire pour pouvoir saisir l'opportunité de voter POUR un candidat et un projet si l'occasion se présentait. Sans trop y croire, c'est vrai. Et comme ma confiance dans les médias est plus que faible, ça demande du temps pour chercher des informations, chercher des sources contradictoires, les juger et se faire son opinion.

Je pense que la plupart d'entre vous vont une nouvelle fois vivre une élection en votant contre. Seulement un peu plus de 30% des électeurs de Royal ont voté pour elle pour son projet au 1er tour (+ de 60% pour Sarkozy ou + de 50% pour les antilibéraux), et les raliements qui vont venir de sa gauche et du centre ne le feront clairement pas pour son projet.
Je ne vous envoie pas ce mail pour vous dissuader de voter contre. Parce que je respecte le vote de chacun, et parce que ce serait illusoire :-)
Mais je réfléchis aux mécanismes qui amènent à vouloir voter contre, à comment naît la peur.

Eric Besson, ancien secrétaire national du PS, socialiste depuis plus de 25 ans, qui faisait parti de l'équipe de campagne de Royal, parle de cette peur-là.
Il déclare hier soir (et dans son livre) : "Dès l'automne 2006, il était déjà limpide pour beaucoup d'entre nous que sur les idées et sur la capacité à gouverner, Ségolène Royal n'avait guère de chance de l'emporter face à Nicolas Sarkozy". Dès lors, la seule chance de victoire était de faire peur aux Français, à une majorité de Français. Il affirme avoir participé à cette machine à faire peur. Il a co-signé ainsi en janvier un document anti-Sarkozy d'une violence extrême. Il le traitait notamment de "néo-conservateur américain à passeport français". Il était convaincu que c'était faux, s'en est excusé depuis. Mais je ne doute pas que beaucoup ont pourtant pris entièrement pour vrai ce document (en toute bonne foi), tout comme les autres efforts pour susiter la peur. "Cette entreprise de diabolisation, ce scepticisme quant à la capacité à faire élire l'une sans diaboliser et sans susciter la peur de l'autre, n'en doutez pas, vous allez la voir à l'oeuvre pendant toute la durée de cet entre-deux tours", a-t-il dit ce soir.
Bien sûr, on peut juger que lui-même n'est pas une source fiable. Personnellement, en étudiant un peu le personnage, le contexte, l'intégralité de ses déclarations, et en recoupant avec d'autres, j'ai trouvé ça très fiable. Mais chacun est libre.

La machine a faire peur va marcher à fond entre les 2 tours, j'en suis convaincu.
Je comprends que pour beaucoup cette peur soit crédible : quand tout son entourage, quand les associations qu'on cotoit, quand les politiques qu'on écoute voire quelque fois les médias vont tous dans le même sens, ça fait quand même du poids. Et quand une rumeur, un texte présenté comme un témoignage ou une information va dans le sens de ce qu'on imagine déjà a priori, ça a encore plus de poids.
Cette peur a aussi l'avantage de cristalliser un ennemi, ce qui permet d'incarner ses convictions dans un combat.
C'est aussi l'occasion de se sentir du bon côté, du côté des gentils qui combattent des méchants.
ça fait pas mal de jours que je me demande si je vais écrire quelque chose. Vous le savez bien, quand on est militant, quand on a des convictions, on a envie de se battre pour elles.
Je n'ai pas voté au 1er tour de 2002, et je ne le regrète pas. Aucun candidat, aucun projet ne m'a convaincu. J'ai voté ensuite escro plutôt que facho, bien sûr. Depuis je regarde avec plus d'attention la politique nationale. Depuis 3 ans j'y ai même passé des heures et des heures par semaine. Car je voulais tout faire pour pouvoir saisir l'oportunité de voter POUR un candidat et un projet si l'occasion se présentait. Sans trop y croire, c'est vrai. Et comme ma confiance dans les médias est plus que faible, ça demande du temps pour chercher des informations, chercher des sources contradictoires, les juger et se faire son opinion.

Cette machine a évidemment une part de vérité, elle se base parfois sur des éléments réels. C'est ce qui fait sa force.
Evidemment faire peur fait parti du jeu pour convaincre en politique ou pour toute action de lobbying. Elle est utilisée quasiment partout, personne ne me semble innocent là-dessus et ce n'est finalement pas ça qui m'inquiète. Ce que je trouve dangereux, c'est quand elle devient l'instrument unique pour convaincre des électeurs, quand elle est actionnée par tout un ensemble de partis, d'associations, de personnes, et que certains se retrouvent à écouter uniquement le son de cette machine-là.

Cette machine à faire peur, je la trouve donc inquiétante pour notre démocratie, et pour notre avenir à vivre dans une société qui se respecte au-delà des clivages partisans.


Voilà, je ne pense pas que ce mail intéresse grand monde, mais j'avais sincèrement envie de vous faire partager ma réflexion du jour.
Si certains veulent m'apporter leur propres réflexions, j'en serais ravi. La diversité des convictions est pour moi une richesse !

En tout cas bon vote à tous !

1 commentaires:

Céline a dit…

Je trouve ton message très intéressant, et avec un fond de vérité : je suis effectivement d'accord avec toi sur le fait que la gauche, et notamment le PS, a parfois abusé (et de plus en plus au fur et à mesure que l'on approche de l'échéance) du recours à la peur de "l'ignoble Sarkozy".
Cependant, pour être complet, il ne faudrait pas oublier que Sarkozy lui-même a exploité ce registre durant sa campagne et surtout durant son passage au ministère de l'intérieur, contribuant ainsi à diviser les français... enfin, c'est mon avis... il n'engage que moi :-D