2h30 de débat en direct, parfois tendu, en tout cas la pression était immense !
A mon avis, ce débat va conforter chacun dans ces positions.
Ceux qui soutiennent Royal trouveront ses phrases positives, et trouveront Sarkozy scandaleux et faux.
Ceux qui soutiennent Sarkozy trouveront son projet convaincant, et trouveront Royal floue voire sectaire quand elle s'énerve.
Au final je crois que Ségolène a été plus séduisante et Sarkozy plus convaincant.
Je crois que Sarkozy reste avec cette image de petit nerveux qui veut être davantage reconnu et espère tellement convaincre sur son projet.
Il a une certaine légitimité car il a fait son boulot de président de l'UMP et son boulot de candidat, qu'il l'a très bien fait, qu'il arrive en effet avec un projet béton et complet, et qu'il a en effet l'énergie et les mécanismes pour le réaliser. Et il doit être scandalisé de voir que Royal peut arriver à ce niveau de l'élection sans projet précis et sans assez de préparation pour la fonction. Il a de quoi être inquiet pour le pays (et moi aussi !). Mais son acharnement à aller la chercher sur son flou et son impréparation se retourne contre lui : il a l'air arrogant ou de mauvaise foi. Quand à son besoin de reconnaissance, je crois que c'est un problème personnel, même s'il a aussi souffert de l'absence de légitimité des idées de la droite pendant longtemps.
On le savait déjà, mais on voit que ce n'est pas un homme de lettre et de bons mots. Il sait répondre sur le projet, sur l'action, c'est sa force ; il ne sait pas faire mouche verbalement (ou alors il faut que ce soit écrit avant !). Et élire un président comme ça, ce serait un vraie rupture avec Mitterand et Chirac. Ce serait une vraie rupture avec notre tradition des mots plutôt que des faits, de la "prestance" plutôt que des résultats.
Je crois que Royal reste avec cette image... d'image ! De belles phrases, un beau sourire, de belles intentions, de belles généralités... et une ou deux nouveautés dans le langage traditionnel de gauche. Elle croit réellement que Sarkozy est méchant, que le nombre d'handicapés scolarisés en structure classique a baissé, et qu'il en est responsable. Et du coup sa colère est sincère quand elle l'entend parler de son projet pour les handicapés. (ou alors elle est sincèrement énervée car elle voulait battre Sarkozy sur ce sujet et que c'est lui qui l'aborde et qui frappe fort). Le soucis est que le nombre de handicapés scolarisés en milieu classique a augmenté en 5 ans. Le soucis est que ça fait des mois que le projet de Sarkozy pour les handicapés est connu et qu'il est crédible. Le soucis est que le droit opposable, c'est une bonne chose (y'a qu'à demander à l'association Droit Au Logement si son obsession c'est les tribunaux... cet argument de Royal était nul, mais Sarkozy a très mal répliqué là-dessus). Derrière sa colère, il y avait aussi peut-être l'impossibilité de croire qu'un politique de droite puisse avoir un projet social ou humaniste sincère et crédible. Et là dessus une majorité de gens de gauche la rejoindront et seront convaincus par cette colère qui est aussi la leur. Le problème est de savoir si elle repose sur un automatisme et des apriori ou sur la réalité des choses...
Au final je pense donc que Ségolène va conforter et gagner des voix à gauche. Rien de précis qui pourraient les choquer, de belles phrases et une belle colère. ça marche depuis 30 ans. Certains n'y croient plus, notamment dans les classes populaires (mais aussi chez des démocrates sociaux). Personnellement je n'en peux plus, je ne le supporte plus, je pense que c'est une immense hypocrisie et un luxe qu'on ne peut pas se permettre pendant 5 ans, notamment pour les plus fragiles, mais aussi pour la voix de la France en Europe et dans le monde.
Donc je pense qu'elle raliera quelques indécis à gauche. Mais peut-elle convaincre une majorité de Français avec ça ?
Par contre, je ne pense pas que Sarkozy y gagnera ce soir. Son projet, on le connaissait déjà et ce débat n'y apporte rien de nouveau. Il n'est rien d'autre qu'un homme de projet et d'action (et de spectacle !), et ne pourra sans doute pas nous séduire autrement. C'est sa différence principale avec De Gaulle je pense (sinon les points communs ne manquent pas je trouve). Ce soir on a pu voir sans doute des faiblesses personnelles. Est-ce que la France peut élire un président sur un projet, malgré ses coups de gueule, malgré sa façon vive d'engager un débat, malgré son besoin de reconnaissance et un certain sentiment de victimisation ?
Finalement, est-ce qu'on peut élire un humain sincère dont on connaît notamment les défauts et qui est là avant tout pour agir et réaliser ce sur quoi il s'engage ? Ou préfère-t-on un candidat qui efface sa personnalité, qui calcule ses mots et choisit ses interlocuteurs, et qui est là avant tout pour nous donner bonne conscience (de gauche) ?
Je crois que c'est notamment là que se joue la séparation de l'électorat Sarkozy-Royal.
Rendez-vous dimanche !
jeudi 3 mai 2007
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire