mercredi 4 avril 2007

Les mots de droite

Pour moi qui vient d'un milieu de gauche voire d'extrême gauche (côté amis), découvrir les mots de la droite est quelque chose de difficile. Je ne parle pas des mots de centre droit, je ne parle pas du politiquement correct, je parle des mots qu'une bonne partie des électeurs de droite comprend, utilise, revendique.

Depuis 30 ans ces électeurs sont souvent exaspérés, en ont marre de la gauche, on été déçu par la droite, ne se sentent pas ou plus concernés par le politiquement correct, n'y croient plus. Ils décrochent de la politique, ne votent plus ou pour l'extrême droite.
Ils ont l'impression que la politique se préoccupe plus des délinquants que des victimes, des chômeurs que des travailleurs... Qu'au final la politique ne s'occupe plus d'eux, ne les valorise plus.

En résumé et à mon avis, une bonne partie des électeurs de droite :
- n'entendent plus et ne croient plus au politiquement correct
- ont l'impression que la politique ne s'adresse plus à eux
- se sont laissé donc envahir par la fermeture, la rancoeur, le rejet de bouc émissaires

Alors comment s'adresser massivement à ces gens-là ? Comment les faire revenir dans le champs de la politique républicaine ? Comment peuvent-ils reprendre confiance dans le discours politique ?
Je n'ai pas la solution miracle. Mais si on a laissé cette population-là décrocher autant en une génération, il faudra peut-être une génération pour obtenir une vraie réconciliation et se débarrasser de l'extrême droite.

C'est la droite qui est la première responsable de cette déception et de ce décrochage, et c'est d'abord à la droite de réparer ça.

Je crois que Nicolas Sarkozy est en train d'y arriver. Vue de gauche, ce n'est pas forcément facile à voir. Il y a des mots qui choquent, des phrases qui choquent, des images qui choquent. Il y a sans doute des débordements. Et les médias en rajoutent beaucoup sur ce sujet.
Mais je crois qu'en fait il fait son boulot de républicain :
- il arrive à se faire entendre de ces gens
- il s'adresse à eux, se préoccupe d'eux
- il les rassure sur leurs peurs, en les appelant ensuite à l'ouverture

L'exemple typique pour moi est son discours à Toulon, devant des milliers de personnes très à droite :
- il se fait entendre en utilisant des mots et des phrases fortes, qu'on peut qualifier de populistes hors contexte
- il s'adresse à eux, leur propose un projet qui les concerne
- il les rassure sur leurs peurs même les plus basiques, même celles qui sont emplies d'amalgames (par exemple "oui à l'immigration, mais on acceptera pas l'excision"), pour ensuite leur parler d'ouverture pendant 3/4 d'heure ("notre passé et notre avenir est autour de la méditerranée, nos 3 religions monothéistes ont des racines communes, nous avons en Afrique du nord une part de nous-même, faisons une union méditerranéenne, travaillons et étudions ensemble, une société sans immigration est condamnée...", etc.)

Pour moi, les racailles, Kärsher, les "la France on est pas obligé d'y rester", c'est pas mon truc.
Mais je comprends le travail que Nicolas Sarkozy mène, et je crois que la droite a la responsabilité de le faire, même si ce n'est pas toujours beau à voir.
Mais ce n'est évidemment pas ça qui me touche et qui me pousse à voter pour lui. C'est pour le projet, pour sa capacité à le mener, et parce qu'il a tout mis en oeuvre pour que sa réalisation soit inévitable s'il est élu. Il répond aux crises et aux urgences que je vois en France. Il pousse son projet jusqu'au projet de société. Je le crois capable d'incarner une vision forte de la France à l'étranger. Je ne le crois pas parfait, je ne crois pas non plus que le projet le soit. Mais j'ai la conviction que c'est ce qu'il y a de mieux aujourd'hui et que c'est inespéré après autant de nullité politique ces 30 dernières années.

Je comprends que vue de gauche ce soit insupportable. D'ailleurs ce type m'a donné pas mal de boutons d'allergie au début. Cette gauche aura du mal a se sentir représentée par ce type s'il est élu, ce sera même un calvaire. Mon seul espoir de ce côté-là est que le projet réussisse, et que le 1er flic de France s'éclipse peu à peu derrière un président qui réussit en France et nous rende fier de son action à l'étranger. C'est sans doute quelque chose qui paraît strictement impensable dans mon milieu, mais c'est ma conviction d'aujourd'hui. J'espère pouvoir vérifier que cette conviction est la bonne.

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