jeudi 15 mars 2007

Libéralisme économique, culturel, identitaire

Le libéralisme se base quelque part sur l'idée que la somme des bonheurs individuels fait le bonheur collectif. La notion de l'individu plutôt que la collectivité.
A suite de mai 68, je pense que les doctrines qui définissent l'individu comme faisant parti d'un corps social ont peu à peu perdu de leur attrait... L'individu définit ses propres valeurs, fait selon ses propres initiatives... Je ne m'étonne pas que le libéralisme ait eu autant de succès dans les années 70 et suivantes.

Le libéralisme économique.
Si l'Etat ne s'occupe pas de faire profiter des avantages du capitalisme et de protéger de ses risques... Si l'Etat ne parle de capitalisme que pour se faire élire en tapant dessus... Si l'Etat ne prend pas ses responsabilités face aux manques du capitalisme... Alors on est en plein libéralisme economique.
Mais le capitalisme familial et entrepreunarial des 30 glorieuses (qui fut une réussite !) s'est effacé devant le capitalisme financier. Plus de patron attaché à son entreprise, aux produits réalisés, aux salariés, au pays... Seulement une règle : le profit à court terme.
Avec la mondialisation, ce capitalisme financier est devenu ultra-puissant, au mépris des inégalités grandissantes, des dégâts sur l'environnement...
Face à ce libéralisme qui amène à des pertes humains et écologiques au profit de l'économie qui s'impose le mieux (financière et mondiale), la réponse est la défense par chaque Etat (ou groupe d'Etat) de sa vision de l'économie. En France, nous pouvons faire le choix d'une économie moralisée, reconnaissant le travail, le travailleur et l'entrepreneur plutôt que la spéculation et le spéculateur. Nous pouvons choisir un Etat stratège qui prend des décisions pour le long terme ou très long terme quand le système économique ne le peut pas toujours (nucléaire, réduction de la consommation d'énergie, etc.). Etc. Sinon on renonce à nos valeurs au profit de l'argent roi, des injustices et des inégalités.
C'est parce que nos valeurs seront respectées que nous pourrons continuer la libération des échanges mondiaux, sans peur de l'ouvrier chinois ou du plombier polonais. On pourra même être plus facilement solidaire avec eux car ils ne seront présentés comme une menace pour nous. Et parce que nos valeurs humanistes pourront plus facilement se propager.


Le libéralisme culturel.
Si la culture d'un pays est juste la somme des cultures de chacun de ses habitants... Si toutes les cultures se valent et que ce n'est pas à l'Etat de choisir ou hiérarchiser... Alors on est en plein "libéralisme culturel". Mais comme une partie de la culture n'est pas rentable, l'Etat se réduit donc à un guichet pour la culture non rentable, bien maigre par rapport à ce qui est rentable mondialement !
En effet, dans cette mondialisation, ce qui est rentable prend vite une ampleur considérable. Au final on arrive à une uniformisation culturelle mondiale, basée sur la culture qui vend le mieux.
Face à ce libéralisme culturel qui amène à la perte de notre culture au profit de la culture qui s'impose d'elle même (la rentable), la réponse est la défense par chaque Etat de sa culture. Donc reconnaître que nous avons une culture propre (ce qui reste à faire), et reconnaître l'exception culturelle au niveau international (ce qui a été fait).
Nous pouvons choisir une politique culturelle qui fait partager à tous les citoyens français notre patrimoine culturel propre et nos créations actuelles. Pour les citoyens français en devenir (écoliers, immigrés), cette appropriation de notre culture me semble capitale. Et à partir du moment où cette culture est affirmée, en découvrir d'autres ne fait plus peur à personne, ce ne plus être présenté comme une menace.


Le libéralisme identitaire.
Si le pays n'a pas d'identité propre, s'il n'est que la somme des identités de chaque individu, si l'Etat n'a pas à s'immiscer dans ce domaine... Alors on est en plein "libéralisme identitaire".
Beaucoup de Français émigre (en Angleterre par exemple), et beaucoup d'étrangers viennent en France. C'est une chance pour l'enrichissement par la diversité. C'est un chance pour la paix par la découverte de l'autre. Mais c'est vécu en France comme une menace pour beaucoup. Ils ne reconnaissent pas le naturalisé français comme vraiment français s'il n'a pas la bonne tête ou le bon nom. Ils ne reconnaissent pas l'immigré comme faisant parti comme lui de ce pays. Certains ne se sentent "plus en France".
La réponse, c'est d'affirmer ce que c'est que d'être Français. C'est d'affirmer ce que c'est que de faire parti de ce pays. Nous pouvons faire le choix de dire qu'être français, c'est être le porteur (même si on vient de l'étranger) d'une histoire commune, dont on peut être fier. C'est être riche de notre culture. C'est respecter des principes (comme la séparation du spirituel et de l'Etat). C'est respecter des valeurs (comme la liberté d'expression). C'est enfin considérer que notre destin commun ne peut se faire sans que chacun travaille.
Une fois qu'on a détaillé tout ça, on peut plus facilement s'enrichir des autres identités (sans différence, sans modèle de comparaison, où est l'enrichissement ?). Tout ça n'implique pas de renoncer à ce qu'on est, ou à son histoire ! Au contraire, ce sera d'autant plus facilement accepté qu'on saura aussi sur quoi on se rassemble !

Pendant que le Royaume-Uni fait passer un test de "britanitude" de 45mn aux immigrés, et que ça fait consensus à gauche et à droite... Pendant que 14 des 15 pays de l'Europe des 15 ont un ministère de l'immigration... La France confond racisme et défense de l'identité nationale.