lundi 12 mars 2007

Les médias et la racaille

Octobre 2005. Sarkozy fait une visite en banlieue, peut-être sa 50 ou 100ème et sans doute plus que tous les ministres de l'intérieur réunis depuis 20 ans. Il arrive à Argenteuil. Des gens lui lancent des pierres. Il reste et présente son plan 3/4h dans un commissariat. A sa sortie, les policiers ont pris le dessus. Ils voient que les lumières d'un immeuble proche sont allumés et des gens prêts à discuter. Comme à chacune de ses visites, ils discutent donc avec les habitants des banlieues, pendant environ 1/2h. Une maghrébine lui dit "on en a marre de la racaille, qu'est-ce que vous allez faire ?". Il répond "vous en avez marre de la racaille ? hé ben on va vous en débarrasser". Avant de partir il se fait accoster par des jeunes qui lui reproche de venir ici sans parler avec eux. Il les invite aussitôt à parler. Ils parlent 1/2h. 6 mois plus tard ça débouche sur l'association Bleu Blanc Rouge, et une invitation au ministère de pas mal de gens. Un an plus tard, via cette asso, des chefs d'entreprises issus de la banlieue viennent rencontrer des jeunes : discussion, témoignage, conseil et entretien vers des stages et du boulot... Une prépa HEC particulière est en train de s'organiser pour une quinzaine de jeunes...
Bilan de la soirée à Argenteuil par les médias "Sarko arrive à Argenteuil sous les jets de pierres. Il présente son plan aux policiers. Il traite les jeunes de racailles."
C'est tellement plus facile de vendre du spectacle avec des pierres et des mots forts, plutôt que d'oser présenter une réalité des jeunes de banlieue capables de discuter de façon intéressante avec un ministre, ou un ministre de droite ayant une action plus complète que de la brutalité... Mais ça ne correspond pas à l'image que les médias veulent nous vendre... et tellement de gens achètent cette version... soit par manque de temps et de moyens pour creuser l'info (ce que je respecte complètement), soit car l'info les flatte dans leurs a priori donc ils ne cherchent pas plus alors qu'ils auraient les moyens de faire jouer leur esprit critique (ce dont je suis moins fan, évidemment)...

Est-ce que dans le contexte d'une réponse à quelqu'un dans le cadre d'un dialogue personnel l'utilisation de ce mot me choque ? Non.
Est-ce dans un autre cadre ça me choque ? Pas forcément, il faut juste bien préciser de quoi on parle. En 2001, le président de SOS Racisme parlait de racailles dans un rapport sans que ça ne choque personne.
Après, même si on est clair, on sait que les médias et l'opposition feront tout pour créer un amalgame spectaculaire. Est-ce que ça doit alors empêcher les politiques de parler librement ? Je crois que pour ceux qui aiment le politiquement correct la réponse est oui. Mais aujourd'hui la majorité des français en ont marre d'un discours lisse dont ils voient bien qu'il est là pour faire plaisir à tout le monde, mais qui les mène à l'immobilisme...

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