jeudi 22 mars 2007

Peut-on se passer de la valeur travail ?

C'est quoi au fait la valeur travail ? C'est sans doute un vaste sujet. Je dirais que c'est pour moi au moins 4 grands principes :

1 - le revenu de chacun doit dépendre avant tout de son travail (donc que quelqu'un qui peut travailler doit le faire pour vivre)
1bis - si quelqu'un gagne plus, ça doit être avant tout car il travaille plus ou prend plus de risque (il le mérite par ce qu'il fait, par son travail)

2 - le travail doit payer (que quelqu'un qui travaille autant qu'il le peut ne soit pas pauvre !)
2bis - que celui qui travaille plus, que celui qui prend le plus de risque et de responsabilités gagne plus (récompense de l'effort)

3 - respecter le travail : considérer notamment que c'est grâce au travail de tous que la société peut-être solidaire
3bis - considérer positivement le travail (on peut s'y épanouir) ; à tout moment de la vie d'adulte on doit pouvoir travailler autant qu'on le souhaite

4 - respecter le travailleur : allocation chômage, service public de l'emploi, règles sociales, santé au travail...
4bis - considérer positivement les travailleurs : les défendre, les valoriser, voire les porter en modèle

Peut-on construire une société qui tient la route sans ça ?

Certains considèrent le travail comme une contrainte, quelque chose qu'on doit réduire au minimum pour tous.
Certains considèrent qu'on ne doit pas être obligé de travailler si aucun poste ne nous plaît complètement. Que c'est à la collectivité (c'est à dire ceux qui travaillent) d'assurer sa survie en attendant le boulot de ses rêves.
Certains considèrent que leur rémunération ne doit pas dépendre de leur travail (mais par exemple de leur âge).
Certains considèrent que l'utilité et la reconnaissance sociale ne doit pas passer par le travail.

Je pense qu'il y a derrière des choses vraies : le travail ne doit pas être un esclavage ou un abrutissement, on doit avoir au maximum la possibilité de travailler là où ça nous intéresse, le mérite n'est pas forcément dicerné avec justice, et certaines personnes sont dans l'impossibilité de travailler normalement.
Mais par exemple la position des Verts va bien plus loin que ces quelques évidences. En lisant leur livre écrit vers 1999, j'y vois la construction d'une société différente, dans laquelle le travail n'est pas une valeur de base.
Mais j'ai 2 doutes :
- pourquoi travailler ? Si le travail n'est pas la voie pour subvenir à ses besoins personnels, aux besoins de sa famille, aux besoin de la société, pourquoi faire l'effort de travailler ? Et au final, que devient une société qui travaille peu face à la réalité du monde ?
- sur quoi se rassemble-t-on ? Il y a de quoi faire monter les rancoeurs et les injustices entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas, entre celui qui gagne peu et celui qui gagne beaucoup (si la rémunération n'est pas considérée comme étant méritée par son travail). On peut sans doute se rassembler sur d'autre sujet (l'écologie, la valeur humaine intrinsèque, etc.), mais je ne suis passûr que cela suffise.



En bonus : Sarkozy est bien pour moi le candidat du travail et des travailleurs. Par rapport à mes 4 principes, ses réponses donnent :

1 - pas de revenu d'assistance sans activité, limitation des cumuls d'allocation et d'aides locales (pour ne pas gagner plus que ceux qui travaillent), pas de parachute en or pour ceux qui ont échoué, moraliser le capitalisme financier, préférer l'entrepreneur et le travailleur au spéculateur, fin des blocages au cumul retraite-travail, fin des blocages au cumul bourses-travail étudiant... Même à l'école, c'est sur le mérite et l'effort que doivent se jouer les diplômes, pas sur un abaissement du niveau ou un tirage au sort...

2 - baisse des charges sur le travail vers des éco-taxes, ni charge ni impôt sur les heures supplémentaires (15% net en plus si on passe à 39h), réduction de charges limitées aux branches qui augmentent leur grille de salaires, prime au mérite dans la fonction publique, pas de charges sur le travail des étudiants (et augmentation de leurs bourses)...

3 - il estime que c'est en travaillant plus qu'on résoudra l'essentiel de nos problèmes (pouvoir d'achat par exemple). Il considère que c'est le travail qui libère et le chômage qui aliène. Au-delà de 35h, il veut que le temps de travail soit le plus libre possible pour le salarié. Il vise le plein emploi et un service public de l'emploi efficace. Après 1 semaine de grève avec blocage, vote pour déterminer la poursuite ou non du blocage pour permettre à ceux qui veulent bosser de le faire (sans empêcher les autres de continuer la grève). Etc.

4 - Il veut la flex-sécurité : contrat unique (fin des CDD), 90% de son salaire pendant le chômage (même en ayant travaillé peu de temps, sauf si on refuse 3 fois une offre), fusion de l'ANPE et de l'ASSEDIC, dialogue social favorisé (liberté de présentation aux élections professionnelles, délais de négociation avant toute loi sociale, etc.), formation tout au long de la vie, etc.
Il considère qu'il y a une culture ouvrière qu'il ne faut pas perdre (idem pour les artisans et les agriculteurs). Ils considèrent ceux qui travaillent dur presque comme des résistants (il utilise le mot). Il a pu défendre des usines et des emplois comme pour Alstom (avec un projet industriel pérenne, pas un plan social fragile).